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Livre numérique : 2012 une année charnière ?

10 Mai

Bien sur cela soulève de nombreuses questions sur le rôle des bibliothèques. Parmi ces questions, celle de leur place dans l’économie de marché. Eric Hellman du blog Go to Hellman publie un retour d’expérience de la Douglas County Library concernant l’ajout d’un bouton d’achat pointant vers Amazon ET un libraire local faisant de la vente en ligne de livres. Attention on parle ici de livres et non pas de livres numériques. En 11 jours plus de 700 clics ont été enregistrés, dont 389 pour Amazon et 262 pour le libraire local. En extrapolant ces chiffres au pays c’est plus de 6000 livres par jour qui seraient acheté soir plus de 2,1 millions de livres par an! S’il semble un peu facile d’extrapoler comme ça, ces chiffres sont confirmés par une étude menée aux USA relayée par cet article de INA global  :

Une étude publiée en octobre 2011 par le Library Journal met en évidence la valeur que représentent les bibliothèques pour le monde de l’édition. L’étude rassemble des données et des enquêtes collectées auprès des usagers des bibliothèques dans tout le pays. Elle affirme que les bibliothèques peuvent jouer un rôle prépondérant pour doper les ventes de livres, en adoptant une posture de partenaire – et non de menace – vis-à-vis des éditeurs. « Nos données établissent que 50 % de l’ensemble des usagers des bibliothèques affirment acheter des livres écrits par un auteur qu’ils ont connu par le biais de la bibliothèque », déclare Rebecca Miller, rédactrice en chef du Library Journal. « Voilà de quoi briser le mythe selon lequel quand une bibliothèque acquiert un livre, l’éditeur perd de potentielles ventes pour le futur ».

Bien sûr il s’agit des Etats-Unis, d’un contexte différent. On se demandera volontiers de ce côté-ci de l’Atlantique si c’est le rôle des bibliothèques de rendre ce lien économique explicite en ajoutant des bouton menant vers la vente de livres… et pour cause, pour le livre imprimé, en France il existe depuis 2003 une loi encadrant le droit de prêt qui socialise le service d’emprunt des bibliothèques en compensant son impact sur le marché. J’avais noté la proximité de ce système avec les propositions de la licence globale. Pour le livre imprimé, pas besoin d’aller plus loin me semble-t-il dans un contexte français où bon nombre d’élus et de professionnels sont attachés (pour le meilleur comme pour le pire) à une frontière étanche entre le marchand et le non-marchand.

Pour le livre numérique en revanche, la situation me est différente. Pourquoi ? Parce que les bibliothèques ne sont pas perçues et reconnues comme nécessaires pour accéder à des livres numériques aujourd’hui alors qu’elles représentaient avant Internet une alternative historiquement soutenue à ce titre par les pouvoirs publics pour le livre imprimé. Faute d’un soutien politique qui reconnaitrait l’intérêt général auquel peuvent répondre les bibliothèques dans l’accès au livre numérique nous risquons d’être soumis aux libres forces du marché qui décideront de proposer une fenêtre d’accès à des contenus par les bibliothèques si les acteurs économiques y ont intérêt… ou pas.

En réalité, le marché français va certainement se dessiner par ce qui va se passer aux USA dans les prochains mois (année?). Si le prêt numérique s’impose véritablement et si les éditeurs (les big six) débord réticents suivent, alors on peut légitimement penser que ces offres finiront par arriver en Europe. Le succès des liseuses et notamment de celles d’Amazon plaide en ce sens et le précédent d’Apple a montré que les réticences françaises sont bien souvent des manières d’instaurer un rapport de force de nature à influencer la découpe des parts du gâteau de la distribution/diffusion numérique avec des acteurs qui disposent d’un écosystème touchant le client final. Que ferons-nous alors face à des offres très puissantes arrivant dans la poche du lecteur?

Si notre objectif est de diffuser largement et massivement le livre numérique, faudra-t-il ici aussi non seulement se plier au prêt numérique (donc à des DRM chronodégradables à grande échelle) et en plus accepter qu’un tiers comme Amazon se positionne à ses conditions entre les éditeurs et les bibliothèques? Dans l’état actuel, voici ce que des milliers de bibliothèques américaines ont accepté, et le diable est dans les détails. Récit de l’emprunt d’un livre numérique chez Amazon, c’est édifiant. Extrait traduit par Marlène:

“Ma première expérience d’emprunt d’un ebook pour Kindle à la bibliothèque m’a laissé comme un mauvais goût dans la bouche. Ca ne donnait pas l’impression d’emprunter un livre à la bibliothèque. J’ai plutôt eu l’impression qu’un commercial m’avait proposé un ebook avec une “offre d’essai gratuite et sans engagement” et me harcelait pour l’acheter à la fin de la période d’essai.

Quand l’ebook est rendu, il ne s’évapore pas purement et simplement. Le titre, la couverture etc restent visibles sur mon Kindle, exactement comme si l’ebook était toujours disponible, sauf que derrière la couverture il n’y a rien d’autre qu’une notice qui signale que l’ebook a été rendu à la bibliothèque – et un juste bouton, qui ne nous propose pas de renouveler [le prêt]. La seule possibilité est d’acheter l’ebook chez Amazon.[…]

Autant je milite contre le contrôle des fichiers à l’unité et ces statanés DRM, provoquant ce genre de détestable expérience, autant je crois qu’un contrôle d’accès par l’abonnement avec des usages illimités dans une base globale est un modèle acceptable. Modèle que l’on pratique depuis des années dans les bibliothèques, sur lequel on peut construire, comme je l’avais esquissé dans cet article. Pour la musique, c’est d’ailleurs le modèle le plus intéressant en l’absence d’une licence légale publique. Avec le prêt numérique sauce Amazon on part de très loin  : contrôle par fichier, monstrueuse notion d’exemplaire numérique, opacité de la gestion des données personnelles, dépendance…

L’appétit d’Amazon et les craintes de cannibalisation des éditeurs nous orientent pourtant vers ces solutions de “prêt numérique” qui font craindre que la conception parfaitement libérale de l’action publique s’exporte très vite des Etats-unis où les bibliothécaires sont littéralement pris en étau :

L’American Library Association (ALA), association américaine représentant les bibliothèques, a condamné la décision de Penguin : selon elle, l’opposition entre les éditeurs et Amazon « rend les bibliothèques esclaves d’un conflit portant sur des modèles économiques » et ce sont les usagers des bibliothèques qui en pâtissent.

La vraie question est : quelle marge de négociation entre des bibliothèques publiques et des géants comme Amazon ou Overdrive alors même qu’on peine en France à négocier avec des éditeurs et des fournisseurs de contenus numériques ?

Faut-il  donc plutôt promouvoir des offres propres aux bibliothèques comme c’est déjà le cas, au risque d’avoir une visibilité très faible dans un marché qui sera dominé par des écosystèmes propriétaires couplant catalogues de contenus et objets nomades? J’insiste sur ce point. On peut légitimement penser que dans quelques années, ne pas être dans l’Appstore ou dans le catalogue d’Amazon ou celui de Google sera équivalent à une disparition de la surface lisible du web pour les éditeurs comme pour les bibliothécaires et le service de prêt ou de médiation qu’ils prétendent fournir.

Quelles alternatives alors ? Vous remarquerez que j’exclue de fait les libraires qui n’ont ni la volonté ni les moyens de développer des offres adaptées aux besoins d’usages collectifs dans les bibliothèques. Des initiatives existent ça et là, en Espagne, aux USA, au Québec en France aussi! Peut-être même que l’évolution des liseuses vers des tablettes plus ouvertes que les écosystèmes verrouillés qu’on propose aujourd’hui”hui permettront à des offres/catalogues innovants de coexister dans des écosystèmes lié aux objets nomades, après tout Apple n’a pas censuré la présence d’un Spotify dans l’App-store… C’est une voie à ne pas négliger me semble-t-il.

Peut-être les éditeurs français vont-ils finir par se réveiller et prendre véritablement en main une diffusion numérique de leurs catalogues à des prix bas dans des conditions respectueuses des droits des lecteurs en faisant évoluer leurs modèles économiques. Ils seraient bien inspirés de positionner de telles offres à grande échelle vers le grand public via des bibliothèques dans des conditions meilleures qu’aujourd’hui (Numilog, t’es moche aujourd’hui, mais tu peux évoluer!) plutôt que de se livrer, tels la Presse il n’y a pas si longtemps aux griffes de l’aval de la chaîne… au final nous avons tous à perdre d’une domination trop forte d’Amazon, mais j’ai bien peur qu’il ne soit déjà trop tard.

Il faut bien en avoir conscience, pour le livre numérique, l’alternative est au prix d’une marginalisation forcée, dans un marché qui se concentre sans acteurs publics, dans un contexte où les bibliothèques ne sont pas forcément nécessaires.

 
4 Commentaires

Publié par le mai 10, 2012 dans Information

 

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4 réponses à “Livre numérique : 2012 une année charnière ?

  1. Zouaki meryem

    mai 11, 2012 at 1:19

    C est trés intéressant bonne continuation

     
  2. Zouaki meryem

    mai 11, 2012 at 1:24

    comment vous pensez ke les ntic influencent notre vie ?

     
    • scienceinfor

      mai 11, 2012 at 2:00

      Bon c vrai ke les ntic ont contribué d’énormes changements dans notre vie, mais elles influencent négativement notre vie et surtout les relations humaines!!

       

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